Extrait : Le Retour du Tribun
La poussière de la Via Appia avait le goût du fer et du sang séché, une saveur que Marcus Virius connaissait trop bien pour l’avoir portée au fond de la gorge pendant vingt ans de campagnes. Mais ce soir, alors que les murs cyclopéens de Rome se découpaient enfin contre un ciel d’encre et de violet, cette poussière avait une autre consistance. Elle ne parlait plus de conquête, ni de la gloire stérile des frontières germaines. Elle parlait de retour.
Le cheval de Marcus, un bai robuste aux flancs couverts d’écume, souffla bruyamment, secouant l’encolure comme pour se débarrasser de la lourdeur de l’air. L’orage menaçait. Une chaleur poisseuse, anormale pour une fin d’été, écrasait la campagne latine, figeant les cyprès en sentinelles mortes le long de la voie pavée.
Marcus passa une main calleuse sur son visage, grattant la barbe de trois jours qui mangeait ses joues. Il n’avait pas l’allure d’un héros de l’Empire, encore moins celle d’un tribun militaire de haut rang. Sa tunique de voyage, autrefois blanche, était maculée de boue, et sa lorica segmentata, rangée dans ses sacoches, avait laissé place à un simple manteau de laine grossière. Il voulait rentrer en homme, pas en soldat. Il voulait que Livia voie le mari, pas le tribun.